Rendre enfin possible la transformation des organisations ? Ou comment j’ai maigri en mâchouillant des M&Ms….

Depuis toute petite, j’ai un rêve dans la vie, être mince. J’ai toujours été ronde, voire très ronde et j’ai subi les habituelles brimades dans les cours de récréation. Je regardais avec perplexité ces enfants qui refusaient des bonbons ou ces acteurs dans les séries TV, tous minces. Je suppliais qu’une fée vienne me voir et me propose de faire un vœu « Pouvoir manger tout ce que je veux, sans grossir », mais elle n’est jamais venue…

Alors on m’a régulièrement dit qu’il fallait que je maigrisse. Je devais me transformer, il en allait de ma santé. La famille, les médecins ou les infirmières à l’école entre suggestions, incitations ou menaces. Mais rien n’y faisait. Pourtant je savais quoi faire, tous les journaux ne parlent que de ça. J’étais une jeune fille volontaire et courageuse. J’étais très sincère quant à mon objectif.

Un mystère….

Un peu comme nos entreprises aujourd’hui qui veulent, très sincèrement, être plus agiles, plus innovantes, développer l’empowerment ou la collaboration. Elles savent très bien quoi faire et elles développent de grands moyens, et rien ne se passe, ou pas grand-chose. Mystère…

Alors un jour, j’ai décidé de cracker ce mystère, ces deux mystères…

Je me suis demandée ce que je faisais, aujourd’hui, à l’encontre de mon objectif de minceur. Systématiquement, dans les soirées, je bois du vin et j’oublie que les cacahuètes ne sont pas mes meilleures alliées. Ma mère est polonaise, quand je viens chez elle, elle a cuisiné pendant 2 jours tous mes plats d’enfance (pierogis, barch, cernik pour les connaisseurs…) et je dévore tout, avec joie. Je ne sais pas refuser un pot entre amis.

La question est quelles sont les forces qui me poussent à faire tout cela malgré la force de mon objectif « être mince » ?

Quelle est la force qui pousse votre entreprise à continuer à valoriser les experts, tout planifier, contrôler ou respecter le consensus malgré la force de son objectif « être agile» ?

La peur ?

Non mais c’est une bonne porte d’entrée pour la trouver.

Et si j’arrêtais de boire du vin, de déguster les plats préparés par ma maman, d’accepter toutes les sorties avec mes amis, que ressentirais-je ? Franchement ? je me dirais que ce n’est pas possible, je dois profiter de la vie… Car qu’est-ce que je me raconte ? «Dans la vie, il faut être heureux ». Et je m’appelle Béatrice… Beatus… Heureux en Latin…

Voilà je viens d’identifier ma « big assumption » , ma grande croyance, grande au sens où je la considère comme une vérité absolue, universelle et éternelle. Elle m’est propre. C’est un modèle mental, ce que j’appelle, pour s’en rappeler, un M&Ms *…

Et l’entreprise ?

Chacune est unique. Dans cette entreprise financière, ils peuvent se dire : « Arrêter de valoriser les experts, de planifier, de contrôler et de chercher le consensus ne nous permettrait pas d’être sérieux et à la hauteur de nos engagements vis à vis des clients et de la société. Car nous nous disons que pour être une entreprise solide et pérenne, nous devons prévoir et contrôler». Voilà leur « big assumption », leur modèle mental, leur M&Ms. Ils peuvent le penser, ce qui est très problématique c’est de penser que cela est vrai partout, pour tous et pour toujours. Car évidemment impossible d’être agile si quel que soient les actions menées, une force invisible pousse tous les acteurs à tout prévoir et contrôler….

Alors là où tous les régimes portent sur ce que vous faites ou ne faites pas à l’encontre de votre objectif, « ça ne va pas, vous devez vous transformer! » et proposent les mêmes méthodes à tous, j’ai découvert que je n’étais pas mince pour de très bonnes raisons, les miennes…. Et peu à peu, j’ai joué avec mon modèle mental «Il faut être heureux », j’ai mâchouillé mon M&Ms… De nouvelles options se sont ouvertes à moi. Et peu à peu, j’ai maigri, simplement (j’ai même « lâché » cet objectif…). Le point de départ a été ce médecin qui, alors que je m’attendais une fois de plus à subir les reproches et les sermons, pour la première fois, m’a dit que j’étais jolie. Se sentir acceptée, point de départ pour pouvoir se transformer. Ce n’est pas très logique mais ça marche…

Cette tension entre mon objectif officiel « être mince » et mon objectif « caché » «profiter de la vie » est finalement la tension nécessaire et inhérente à tout système humain. Un coach m’a dit «Un jour tu ne ressentiras plus cette tension ». Alors je lui dis « merveilleux mais comment ? quand ? » et il me répond : « quand tu seras morte »…

Comme cette entreprise financière, au lieu d’exiger d’elle qu’elle soit plus «agile» , reconnaître son identité, sa force qui a fait son succès, son modèle mental « prévoir et contrôler » et accepter cette tension entre ce qu’elle veut devenir et ce qu’elle est, s’en réjouir au lieu de s’en plaindre. Plonger dans ce qui est, la réalité, et non pas fantasmer ce qui serait possible, un idéal. Peu à peu élargir son modèle mental, en pratiquant notamment des alternatives, et développer ainsi, enfin, simplement , une plus grande agilité.

Alors mâchouiller vos M&Ms ! 🙂

* voir article et si les M&Ms étaient la clé de la transformation ?

Cette réflexion est inspirée notamment du livre «Immunity to change » de Robert Kegan et Lisa Laskow Lahey.

Notre livre « Stratégie Modèle Mental – cracker enfin le code des organisations pour les remettre en mouvement» co-écrit avec Philippe Silberzahn, publié chez Diateino et disponible le 23 mai 2019 approfondit cette réflexion.

Béatrice Rousset – J’interviens avec ma société « Les possibilist » auprès des entreprises pour les aider à développer leur capacité de gestion des modèles mentaux / savoir jongler avec la notion de modèle mental… https://lespossibilist.com/a-propos/

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